Different paths to similar destinations

Claire Angelini is a French artist whose work is preoccupied with the troubling presence of the past in the present, and particularly with systems of historic and contemporary oppression. Through drawing, film, photography and installation, she has excavated the remains of sites implicated in the Shoah in France, the migratory journeys of people caught up in colonialism, and the traces of industrial labourers forgotten by those who benefit from their work. It’s an immensely rich and serious practice, dedicated to bringing to light forgotten people and stories so that we might reflect on their meaning today.

In all this varied work, one film speaks to me particularly because of its parallels with – and divergences from – work I did many years ago. Those connections are instructive about the co-creation strategies artists use as well as the cultural differences that underpin them. 

Chronique du Tiers-Exclu is a 115 minute film about the psychiatric hospital of Armentières in northern France, a site whose physicality has evolved over 400 years in accordance with changing ideas about mental illness and its treatment. The film combines slow, almost loving shots of the fabric and archival documents with performative scenes co-created with current and former patients. Like all Claire’s work, it combines an intellectual structure with a haunting poetic language to create something that I do not think could have been made in the UK, which is culturally wary of both modes of expression.

You can watch the film online here

The film reminded me of a project I produced around the closure of the Pastures Hospital in Derbyshire between 1989 and 1991.

The site was very similar – a great 19th century asylum on the edge of a city, with all the means and resources to meet the needs of a community that, in the mid-20thcentury, had numbered 3,500 patients and staff. But our approach was rooted in the British tradition of community art and so there was no professional artistic production. The two artists – a writer, Rosie Cullen, and a photographer, Ross Boyd – spent 18 months working with patients to enable them to tell their own stories with support but minimal interference.

The result was the publication of two books of writing and photographs, the first documenting life inside the hospital while the second focused on care in the community. There was also an exhibition which toured the country and was installed in the foyer of the Department of Health in London – a conscious political act to bring the voices of people affected into the very building where health policy was being decided. 

The approaches taken by Claire Angelini in France and my team 35 years ago were very different. In one, the professional artist’s vision and sensibility is central, in the other the artists are self-effacing. The French project draws on archival and historic sources to nourish its narrative while the English one relies on oral history to tell the story of the site. Its accounts of treatment are individual and subjective, while the French film makes space for theoretical ideas about health care. 

And underpinning all this is a crucial difference in ideas of authorship. It is possible to speak of Claire’s film because it is clearly an artist’s statement, albeit one that has been opened to and enriched by other voices. The work resonates with other examples of the artist’s work and is enriched by its place in the artist’s evolving practice. In this sense it conforms to the logic of European artistic production and critique established during and since the Enlightenment. It is aligned with the same culture that produced the hospital of Armentières, and its hierarchies of knowledge and power.

In the English project, authorship is dispersed: it belongs exclusively to the patients (and some staff) who contributed stories and poems, or made photographs. Some of their work is simple and direct, as one might expect from artists with limited experience and no formal training. But some is very sophisticated, self-aware and conscious of its creation as an artistic and political act: the work of Simon Piercey, who produced a committed body of writing and photography during the project is a case in point. In this perspective, the art produced in this project defends an older, pre-modern idea of creative production, in which art can be produced by all as part of the meaning-making that living involves.  

Each approach is valid, each has led to the co-creation of powerful works of art that stand on their own merits. But they are different and that difference is worth reflecting on in itself. It is also a useful reminder that there is never a single way of working together on co-creation nor a correct result. What matters is the integrity of the process,  the quality of the relationships, the generosity of spirit people share and the imaginative resources they can gather. 


Différents chemins vers des destinations similaires

Claire Angelini est une artiste française dont le travail s’intéresse à la présence troublante du passé dans le présent, et plus particulièrement aux systèmes d’oppression historiques et contemporains. À travers le dessin, le cinéma, la photographie et l’installation, elle explore les vestiges de sites liés à la Shoah en France, les parcours migratoires de personnes prises dans les affres du colonialisme et les traces laissées par les ouvriers industriels, oubliés par ceux qui ont profité de leur travail. Il s’agit d’une pratique extrêmement riche et sérieuse, qui vise à mettre en lumière des personnes et des histoires oubliées afin que nous puissions réfléchir à leur signification aujourd’hui.

Parmi toutes ces œuvres variées, un film m’interpelle particulièrement en raison de ses parallèles et de ses divergences avec un travail que j’ai réalisé il y a de nombreuses années. Ces liens sont instructifs sur les stratégies de co-création utilisées par les artistes ainsi que sur les différences culturelles qui les sous-tendent.

Chronique du Tiers-Exclu est un film de 115 minutes sur l’hôpital psychiatrique d’Armentières, dans le nord de la France, un lieu dont la physionomie a évolué au cours de 400 ans, au gré des changements de conception de la maladie mentale et de son traitement. Le film combine des plans lents, presque tendres, sur le tissu urbain et des documents d’archives avec des scènes performatives co-créées avec des patients actuels et anciens. Comme toutes les œuvres de Claire, ce film combine une structure intellectuelle et un langage poétique envoûtant pour créer quelque chose qui, selon moi, n’aurait pas pu voir le jour au Royaume-Uni, où ces deux modes d’expression sont culturellement mal perçus.

Vous pouvez regarder le film en ligne ici.

Ce film m’a rappelé un projet que j’ai produit autour de la fermeture de l’hôpital Pastures dans le Derbyshire entre 1989 et 1991. Le site était très similaire : un grand asile du XIXe siècle à la périphérie d’une ville, disposant de tous les moyens et ressources nécessaires pour répondre aux besoins d’une communauté qui, au milieu du XXe siècle, comptait 3 500 patients et membres du personnel. Mais notre approche était ancrée dans la tradition britannique de l’art communautaire et il n’y avait donc pas de production artistique professionnelle.

Les deux artistes – une écrivaine, Rosie Cullen, et un photographe, Ross Boyd – ont passé 18 mois à travailler avec les patients pour leur permettre de raconter leur propre histoire avec un soutien minimal et sans ingérence. Le résultat a été la publication de deux livres de textes et de photographies, le premier documentant la vie à l’intérieur de l’hôpital, le second se concentrant sur les soins dans la communauté. Une exposition a également été organisée dans tout le pays, puis installée dans le hall du ministère de la Santé à Londres – un acte politique conscient visant à faire entendre la voix des personnes concernées dans le bâtiment même où se décidaient les politiques de santé.

Les approches adoptées par Claire Angelini en France et par mon équipe il y a 35 ans étaient très différentes. Dans l’une, la vision et la sensibilité de l’artiste professionnel sont centrales, dans l’autre, les artistes s’effacent. Le projet français s’appuie sur des sources archivistiques et historiques pour nourrir son récit, tandis que le projet anglais s’appuie sur l’histoire orale pour raconter l’histoire du site. Ses récits de traitement sont individuels et subjectifs, tandis que le film français laisse place à des réflexions théoriques sur les soins de santé.

Et derrière tout cela se cache une différence fondamentale dans la conception de la paternité artistique. On peut parler du film de Claire parce qu’il s’agit clairement d’une déclaration d’artiste, même si celle-ci a été ouverte et enrichie par d’autres voix. L’œuvre fait écho à d’autres exemples du travail de l’artiste et est enrichie par sa place dans la pratique évolutive de celle-ci. En ce sens, elle s’inscrit dans la logique de la production et de la critique artistiques européennes établie pendant et depuis le siècle des Lumières. Elle s’inscrit dans la même culture qui a produit l’hôpital d’Armentières, avec ses hiérarchies du savoir et du pouvoir.

Dans le projet anglais, la paternité est dispersée : elle appartient exclusivement aux patients (et à certains membres du personnel) qui ont contribué à l’élaboration des récits et des poèmes ou qui ont pris des photographies. Certaines de leurs œuvres sont simples et directes, comme on peut s’y attendre de la part d’artistes ayant une expérience limitée et sans formation formelle. Mais certaines sont très sophistiquées, lucides et conscientes de leur création en tant qu’acte artistique et politique : le travail de Simon Piercey, qui a produit un ensemble engagé d’écrits et de photographies pendant le projet, en est un exemple frappant. Dans cette perspective, l’art produit dans le cadre de ce projet défend une idée plus ancienne, prémoderne, de la production créative, selon laquelle l’art peut être produit par tous dans le cadre de la construction du sens qu’implique le fait de vivre.

Chaque approche est valable, chacune a conduit à la co-création d’œuvres d’art puissantes qui se suffisent à elles-mêmes. Mais elles sont différentes et cette différence mérite d’être examinée en soi. Elle nous rappelle également qu’il n’y a jamais une seule façon de travailler ensemble à la co-création, ni un résultat correct. Ce qui importe, c’est l’intégrité du processus, la qualité des relations, la générosité d’esprit des personnes qui participent et les ressources imaginatives qu’elles peuvent rassembler.


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Responses to “Different paths to similar destinations”

  1. chrisfremantle

    Very much appreciated the care and attention to drawing out differences here. I’m interested in your comment about Claire Angelina’s work couldn’t be made in the UK…

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  2. zhaozhiyong

    I opened the link to the film and found that the dialogue is in French and there are no English subtitles. What a pity—it seems like a really interesting movie.

    But anyway, thank you for sharing your experience and thoughts.

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